mardi 3 novembre 2009

100 ans tout rond

La mort de Claude Lévi-Strauss: une pensée neuve, un esprit ouvert, un regard qui a revitalisé nos conceptions un peu figées, de l'antique, de l'autre, de nous.

jeudi 22 octobre 2009

riens

Pourquoi avoir un blogue lorsqu'on n'a même pas le temps de penser à soi ? Et encore moins de faire la promotion de soi, ce qui est l'inflexible loi du genre. Si au moins je n'avais rien à dire, il me serait bien plus facile de l'étendre ici. Si au moins j'avais été dotée de ce talent de la phrase insipide, j'aurais pu encore plus facilement, à moindre frais, et avec diligence, la laisser folâtrer, débridée, dans ces champs infertiles, paître quelque pâture innutritive, tisser quelques liens rassurants pour prévenir le jour où je risquerais d'affronter dans la solitude à la fois l'absence de sens et l'insignifiance.

dimanche 4 octobre 2009

In pace

Riposa.

Mort de Mercedes Sosa, un beau parcours, je l'aimais bien.

mercredi 30 septembre 2009

L'oeil de la poule

Toujours Godard:

Le cinéma doit montrer des choses nouvelles, qu'on ne verrait pas autrement. Tenez, dans ce film tout à l'heure, une poule qui apparaît dans le cadre, avec son gros oeil...

La caméra c'est pas une certitude, c'est un doute ...

On trouve ces extraits ici.

L'audience nuit à l'art

Prenez Godard. Il a fait, et continue de faire, des choses très intéressantes, dont je ne soupçonnais même pas l'existence avant qu'il ne me les montre. Son dernier film, Notre musique, est une merveille d'inventivité, alors qu'il a plus de 70 ans.

Mais combien de gens apprécient cela ? Les spectateurs sont habitués à une grammaire, à un langage, et dès qu'on leur montre autre chose, ils refusent. C'est triste mais c'est ainsi.

(Entrevue de Steven Soderbergh, 30 sept, Rue89).

J'ai beaucoup de respect et d'admiration pour la recherche chez Godard. Au risque de déplaire, d'ennuyer et d'irriter, son art est avant tout une recherche perpétuelle, qui, dans le même geste, repousse indéfiniment l'objet de la recherche et casse à chaque fois son outil.

Dans Prénom Carmen, il apparaît pour dire: "Quand le soleil a disparu, faut chercher, mon vieux, faut chercher". J'aime chez lui le conflit tragique entre un scepticisme essentiel et les vestiges d'une foi.

J'aime son arrogance et son air buté, qui met la pensée avant les sensibilités.

J'aime sa désillusion radicale: le cinéma on ne l'a jamais utilisé. On lui a plaqué un texte à dire et un langage pour le dire avant même de le faire parler .

On nous donne des moyens techniques, mais on nous a dépouillé de nos moyens intellectuels.



samedi 8 août 2009

L'empereur un peu blogueur

Je lis en ce moment les Pensées pour moi-même de Marc-Aurèle. Un empereur (161-180) philosophe, c’est assez rare. L’homme le plus puissant du monde adepte de la morale stoïcienne, vivant frugalement, vendant les biens impériaux pour payer la guerre et ménager le peuple, prônant un Etat fondé sur l’égalité des droits et lui attribuant la fonction de garantir la liberté des sujets, est digne d’être encore lu aujourd’hui. De plus, ses Pensées tiennent un peu du journal, écrites parfois lors des campagnes militaires, parfois à Rome, manifestement au gré de ses réflexions et de ses lectures. Une idée me plaît particulièrement : la recherche du bien est liée à la recherche de la connaissance. On ne peut pas prétendre se conformer au bien sans se mettre en quête du savoir. Aujourd’hui, la morale s’appuie sur l’ignorance, pis : sur l’ignorance revendiquée, décomplexée.

lundi 6 juillet 2009

RF

Un journaliste à Roger Federer: "Etes-vous fier d'être le numéro 1 mondial?"

C'est confondant de bêtise, un journaliste.

jeudi 2 juillet 2009

Le blogueur malade

Quand survient le sujet dont tout le monde parle, le blogueur, sentant que les flots du trafic passent à côté de son nombril, éprouve le besoin irrépressible de se refaire centre de tout. L’événement doit repasser par son moi haïssable. Nous pardonnons au blogueur ce réflexe, car nous sommes tous haïssables pour des raisons similaires, mais à des degrés divers.

Donc, survient l’événement dont tout le monde parle. Trois réactions, trois degrés de maladie :

1. Le blogueur n’écrit rien. Pour lui, le pronostic de rémission est bon. Il sait vivre décentré, il a un bon rapport aux autres, il peut comprendre que l’autre vive sans menacer sa propre existence, il a une décente maîtrise de ses pulsions, et surtout il a une confiance suffisante dans ses capacités à séduire par ses qualités propres.

2. Le blogueur écrit sur le sujet. Il n’a pu résister : il n’a rien à dire, mais il le dit avec aplomb. Dans la vaste curée narcissique, il lui faut son petit morceau. Je ne suis rien, mais ce rien c’est moi, et c’est ça qui est important. Pronostic de rémission pessimiste, mais tout espoir n’est pas perdu. Une prise de conscience de son rapport à soi et aux autres pourrait lui ouvrir les yeux sur sa condition.

3. Le blogueur écrit qu’il n’écrira pas sur le sujet. Ici, le pronostic est franchement désespéré. Son petit message sibyllin signifie : ce silence olympien dans lequel je me drape, pour me démarquer du bruit du vulgaire, est lourd de tout ce que j’aurais à dire d’intelligent sur le sujet. Je me tais avec dignité, mais il faut absolument que tout le monde sache que je me tais. Je sais combien il serait ridicule que je parlasse, et combien cela me ramènerait au niveau de la tourbe populaire, mais de grâce, songez à quel point la sensation de mon silence est en soi signifiante, et ce qu’elle dénote de la hauteur de mes vues. Ce type est très malade ; en outre, au-delà de sa pathologie, on peut être sûr qu’il n’y a pas de pensée au-delà de ce qu’il écrit. Ce qui est vraiment, vraiment très grave.

Hegel et les vaches

Je connaissais « la nuit tous les chats sont gris », mais Hegel préférait la version indienne : « L’absolu : dans la nuit toutes les vaches sont noires » (repris dans la Phénoménologie de l’esprit, Préface).

vendredi 26 juin 2009

Inappartenance

A propos de la mort de Michael Jackson, ce mot d'Alain Finkielkraut (citation approximative): "Avec la mort de Michael Jackson, célébrée dans le monde entier, j'ai fait l'expérience de l'inappartenance au monde dans lequel je vis".

C'est un beau sentiment, qu'il est sain d'éprouver de temps à autre, et que je partage en ladite occasion.

jeudi 25 juin 2009

Le petit blogueur

Il regarde les adresses IP, il veut deviner fébrilement qui vient le lire, qui le critique, qui l’aime, il édicte des règles ridicules pour son petite univers, il bannit, il va commenter pour attirer les autres chez lui, il n’arrive pas à se retenir de laisser sa petite crotte sur le sujet chaud du moment, même s’il n’a rien à dire, il sait quels mots-clefs lui attireront du trafic, il se cite compulsivement, il fait des billets pour répéter ce qu’il a dit ailleurs, il a des croisades dérisoires contre des ennemis dérisoires, il fait des alliances, il s’inscrit dans les sites de « référence », il rêve de monter dans les classements, il compare avec délectation le sien avec ceux de ses ennemis ou concurrents, il rêve de trophées, de tribune, d’un vaste système cosmique dont il serait le point pivotal. Il ne pense pas, il aborde des sujets. Il ne lit plus de livres, il lit des billets ; la quête du savoir ne part pas de lui, mais du réseau de rss qui piétinent un cerveau passif. Il défend de grandes causes, mais il a renoncé à acquérir les outils pour penser. Faute de savoir se retirer de la frénésie de communication autotélique, il ne se cultive plus, il n’apprend plus, il n’approfondit rien au-delà de l’écume des choses, il ne connaît plus rien sinon l’image de lui-même qu’il rêve de disséminer universellement. Tel est le bon blogueur : toujours là, fidèle, mais gris, une sorte de nœud routier qui ne mène à nulle part, et se délabre.

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mercredi 17 juin 2009

la beauté du révolté

Je me rends compte que, dans ma vie, je n'ai été attirée que par les hommes qui gardaient en eux une tempétueuse envie de changer les choses, qui n'avaient pas abdiqué, qui refuseraient encore et toujours "l'état des choses". Parmi eux, ceux qui m'ont le plus touchée, sont ceux qui étaient assez intelligents pour constater leur impuissance, mais qui la transformaient en une mélancolie créatrice. J'aurais rêvé pouvoir les rendre heureux durablement, je voulais combler de douceur cet abîme insodable qu'ils semblent abriter en eux, mais j'étais moi-même probablement trop proche d'eux. Le plus sombre d'entre eux, et le plus doux également, est revenu me voir, tout récemment, après près de 10 ans. C'était un bonheur, de ceux que la conscience tragique du monde rend plus intenses.

Je me suis parfois distraite avec certains exemplaires de la vaste race de ceux qui ont capitulé. Je ne pouvais me retenir, après peu de temps, de les mépriser et de leur faire payer leur petitesse. D'ailleurs, ils ne comprenaient même pas, à quoi bon s'en faire ?

jeudi 4 juin 2009

Débat des élections européennes

Je regarde en ce moment, sur le site de France Télévision le débat sur les élections européennes qui vient d'avoir lieu, dans l'émission "A vous de juger". Si l'on compare avec le débat des chefs d'il y a quelques mois, c'est le troisième millénaire ! C'est vif, intense, discourtois, explosif, insultant, subversif. Regardez l'opposition Bayrou-Cohn-Bendit ! Ils échangent des prunes. Mélanchon envoie "au diable" la modératrice, qui pète un câble assez vite, et ça tombe sur De Villiers, qui ne se laisse pas faire. Besancenot parle avec des lames. La surenchère dans l'indignation est, je l'avoue, assez délectable. Cohn-Bendit, accusé de pédophilie à demi-mots par Bayou, le traite de "minable" en le tutoyant. Auparavant, il s'était mouché bruyamment. De Villiers, dont un fils accuse l'autre de l'avoir violé, définit la fille Le Pen comme odieuse. Des gens se marrent, et c'est vrai que le spectacle est bien drôle et mon préféré, jusqu'à présent, c'est Cohn-Bendit, qui tutoie tout le monde avec des grands airs de lassitude, et se tient la tête entre les mains. Ceci dit, avec tant d'intervenants, le débat vire très souvent dans un joyeux chaos. Mélanchon qui fait remarquer que la Guyane n'est pas en Europe: très drôle, tout comme la diatribe grotesque de De Villiers contre le leader de 68 qui a "détruit la société", devant un Dany hilare.

Il faut reconnaître qu'il y a d'excellents débatteurs sur le plateau. Je les classe dans l'ordre suivant:

1. Besancenot: clair, tranchant, concis, avec toujours des exemples nets qui soulèvent l'indignation. Il arrive à être à la fois extrême et convaincant. Parfaite éthique du débat: il n'interromp jamais, mais lorsqu'il parle, son temps de parole est d'une efficacité redoutable.
2. Cohn-Bendit: sympa, bonhomme, enflammé, rigolard et pragmatique. C'est, selon moi, le meilleur pour dessiner des synergies opératoires. Une vraie vision.
3. Mélanchon: je l'ai connu plus acide; à la fois habile débateur et capable d'être très concret. Il arrive à exister très habilement, alors qu'il représente très peu en terme électoral. Excellent lorsqu'il bougonne ou qu'il agresse la journaliste.
4. Bayrou: porte des coups bas, assez indignes. Sa posture inspirée fonctionne sporadiquement, mais ne convient pas à ce type de débat. Il est entre le juge et le prédicant, ou même parfois dans la théorie du complot. Son positionnement politique est brouillé, car il veut profiter à la fois de la rhétorique de l'opposition et défendre l'Europe qu'il a construite.
5. Le Pen: elle n'est pas mauvaise, mais ses indignations sentent la recette trop souvent utilisée. Il y a quelque chose de mécanique qui lui nuit, et surtout le fait qu'elle est entourée de sacrés mauvais garçons qui la déplument dans la course à l'outrance.
6. Aubry: trop rigide, monocorde, un côté idéologue officiel qui passe mal. Sauvée par sa réponse sur la Turquie.
7.. Bertrand: trop rond, trop mou, trop faux. Il faut cependant reconnaître qu'il est seul contre tous les autres, et qu'il encaisse bien. Mais être seul est aussi un avantage dont il n'a pas profité. Hausser les épaules ne remplace pas un argument bien ciselé.
8. De Villiers. Emprunté, effacé, désservi par sa voix. Indignation ridicule; comme le dit Daniel: "Il est vieux, De Villiers". Le souffre-douleur de la classe.

La journalise, Arlette Chabot: vraiment nulle. Elle avait l'air d'une vieille peau d'institutrice chahutée.

Je me suis quand même bien amusée.

Destins brisés

C'est le titre d'un article de journal relatif à la récente catastrophe aérienne. On y énumère les "destins brisés" des passagers. L'expression est un pure oxymore, puisque la fatalité ne peut, par essence, pas être "brisée". Elle est la cause nécessaire de ce qui est irrévocable.

Le journaliste aurait dû écrire: "les destins accomplis", ou quelque chose du genre, la mort étant le point d'aboutissement d'une destinée.

Cela révèle une chose, c'est qu'on a détourné le sens originel du mot "destin", pour le faire équivaloir à une forme d'idéal. Ce qui a été brisé, c'est le rêve d'une vie idéale, ou, peut-être pire, le déroulement d'une vie selon une forme de logique, correspondant à un parcours social convenu. Qu'importe, le fait est que nous n'acceptons plus que l'imprévu fasse partie de notre vie, ou que notre vie dépende de forces extérieures à notre volonté (notre "arbitre", comme on disait).

C'est une grande illusion, de celles qui explosent parfois en plein vol.

vendredi 29 mai 2009

Les radins

Parmi mes différents lieux de résidence, je dirais que le Québec est le lieu où j'ai trouvé la plus grande proportion de radins. Dans mes fréquentations, j'ai maintes fois noté ce petit calcul mental, ce regard du coin de l'oeil, où cette hésitation au moment de payer qui dénote quelqu'un qui est près de ses sous.

La palme d'or du plus grand grippe-sous que je n'aie jamais rencontré dans ma vie revient à un type de Montréal, dont les stratégies pour ne pas payer étaient aussi élaborées que transparentes. Je le regardais faire avec fascination, et je développais des stratégies pour constater jusqu'à quel point il pouvait pousser le bouchon. Il s'était invité chez moi plusieurs fois sans jamais rien offrir, venant renifler au-dessus de mes casseroles quand je faisais à manger pour quêter une pitance. Un jour, pris d'un semblant de mauvaise conscience, ou alors informé du fait qu'il faut parfois offrir en retour si l'on veut que la générosité d'autrui ne s'assèche pas, il décida de me faire à manger. Or, il manquait d'ingrédients. Pour le tester, je me suis offerte pour aller faire l'épicerie, j'ai ramené les légumes, la viande (c'est-à-dire l'essentiel du repas), et j'ai tout posé sur la table. Il a cuisiné son plat, sans jamais me rembourser. Il m'a donc invité à un souper que je payais moi-même ! Il y a mille anecdotes avec ce type, qui ne pourra jamais être mon ami, mais que j'observe avec un oeil d'anthropologue. Récemment, il s'est marié, et je suis allée à son mariage, pour rigoler, et en me délectant de n'offrir rien. J'ai refusé de contribuer à la bouffe que quelques amis voulaient lui offrir le lendemain.

Hier, un autre "ami", que je crois aussi radin, m'a invitée au spectacle Cavalia, connaissant mon amour des chevaux. J'ai compris qu'il avait pris les places les plus chères. J'ai donc fait bonne figure, pour qu'il soit heureux de sa soirée, bien que le spectacle m'ait légèrement ennuyée. Je ne suis pas très adepte des mythologies scéniques, engluées dans des éclairages et des musiques lourdes, je trouve cela excessivement démagogique, et un rien insultant envers le niveau intellectuel des spectateurs. J'ai d'abord essayé de comprendre son accès de générosité, et puis j'ai préféré accepter sans arrière-pensées son cadeau, la générosité consitant aussi, parfois, à savoir recevoir sans réfléchir.

samedi 9 mai 2009

Valeur sûre

Rien de tel que d'avoir un ennemi con, narcissique et bavard. Tout ce qu'il, tout ce qu'il fait, renforce la satisfaction de voir fonctionner à plein régime notre efficace herméneutique. S'il est vraiment con, il ne nous trahira jamais. Pas d'imprévu, pas de fluctuation, une valeur sûre. Chaque fois que je le vois ou l'entends, je peux éructer un bon "quel con", qui fait tant de bien.

On devrait pouvoir pouvoir acheter du con à la bourse, la matière première ne ferait jamais défaut, et on serait à l'abri de toute crise.

vendredi 10 avril 2009

Le plaisir

- Qu'est-ce que le plaisir, demande une lycéenne à Sarkozy aujourd'hui ?

- Le plaisir est au bout de l'effort.

Voyons donc !

mardi 24 mars 2009

Le chas de l'aiguille

J'ai entendu aujourd'hui qu'une recherche montre que les très grosses fortunes donnent moins, en proportion de leur revenu, que ceux qui gagnent modestement leur vie. J'ai oublié le chiffre exact, donc je préfère ne pas inventer.

Heureusement, il y a la télévision pour faire oublier.

mardi 17 mars 2009

La onzième plaie

De toutes les plaies qui peuvent s'abattre sur l'humanité, la pire est cette race de personnes qui n'ont pas les moyens de leur ambition, et qui ont encore moins la modestie et la lucidité pour s'en rendre compte, et qui n'ont a fortiori pas la pudeur de ne pas imposer leur médiocrité à leur prochain, ce brave prochain qui ne demandait qu'à l'aimer et le respecter.

J'ai lu, par devoir, tous les mots de cette thèse ennuyeuse, poussive, sans le moindre intérêt, et qui ne conclut rien. Mal pensée, mal structurée, dans un style empêtré par une volonté de briller qui devient insupportable après le premier paragraphe. Tout est redondant, approximatif, et surtout, surtout, fichtrement narcissique. L'auteur s'aime tellement quand il croit penser que ses topoi de modestie deviennent des hurlements impudiques d'auto-jouissance intellectuelle. Tu t'aimes tellement, coco, que tu ne vas chercher que ta propre pensée dans celle de ceux que tu analyses. Tu lacères ainsi ceux que tu crois aimer. Et surtout tu as fait de ma longue et pénible lecture une expérience de la haine, qui s'est accrue patiemment ligne après ligne. Ta logorrhée se résume ainsi à une thèse forte, incontestable, concrète : je te hais, pleinement, définitivement. Tu as pendant des heures parasité mon esprit, empoisonné mon coeur, usé mes nerfs, tu m'as menée à bout, tu m'as forcée à marcher sur ta voie sans issue, à écouter ton chant criard, et éprouver tes passions repoussantes, à deviner tes maladies et tes obsessions derrière tes pensées fixes. Tu parlais de philo, de théo, de littérature et de sciences, et tu exposais en même temps, inconsciemment mais indécemment, ton propre rapport déviant à ton père. Et c'est bien la dernière chose que je voulais savoir.

Demain tu viendras écouter mes commentaires, j'aurai à peine dormi, et je sais que tu voudrais quêter de la reconnaissance, de l'admiration, de l'amour, je ne sais quoi encore. Comment pourrai-je seulement masquer ma haine ? Une haine d'autant plus forte que je me hais moi-même de devoir m'exposer à cette vanité, et de n'avoir pas osé t'envoyer cette merde à la gueule et te disant de retourner à tes baguettes et à tes disciplines en laissant la pensée libre à d'autres.

lundi 9 mars 2009

Bonne fête

Hier c'était la fête du droit des femmes, aujourd'hui c'est l'anniversaire du prophète Mahomet.

Allez les blogueuses et blogueurs, j'attends de lire vos papiers sur le sujet.

samedi 7 mars 2009

Une définition du roman

J'ai capté dans une émission sur Céline la définition du roman comme "jurisprudence de l'humain".

Je ne me souviens pas avoir lu une telle caractérisation, mais je l'aime bien.

PPDA, toujours

L’ex grand Manitou du journal télévisé français vient de sortir une anthologie de la poésie française au titre niais d’ « Et puis voici des fleurs ». Avouez que ce n’est pas très compliqué d’écrire une anthologie de la poésie française. Heureusement, car le personnage ne connaît de la culture que la patine mondaine.

Je le voyais tout à l’heure dans une émission grand public de la télévision française – notez que la télévision ne sait pas inviter un vrai écrivain, mais seulement un homme médiatique qui se pique de littérature. On lui montrait des portraits de poètes qu’il édite, incapable d’en reconnaître ne serait-ce qu'un sur trois ! On lui cite un poète qu’il a choisi, édité, cette fleur du bouquet qu’il nous vend – incapable de l'identifier !

La télévision : des ignorants qui nous prennent pour des cons.

lundi 2 mars 2009

Que demander au diable ?

Grâce à certains vieux grimoires médiévaux ou renaissants destinés à l'apprenti magicien, on peut se faire une idée de ce que l'on recherchait à obtenir, alors, du pouvoir diabolique.

Eh bien, il apparaît qu'on recherche beaucoup moins le pouvoir, l'argent ou l'amour que le savoir!

Certains demandent même au diable de faire d'eux de bons médecins, juristes, théologiens ou philosophes !

Aujourd'hui que demanderait-on au diable ? Sex, celebrity, money.

Le désir de savoir est ce qui fait le plus défaut, alors que les moyens de savoir n'ont jamais été autant à notre portée.


(Source: Le Diable en procès, éd. Martine Ostorero et Etienne Anheim, Médiévales 44, Printemps 2003)


dimanche 1 mars 2009

Scéances de cinéma aléatoire

Une information que j'ai captée au vol à la radio (je ne sais plus qui, ni où): on mettrait au point un robot, capable de se promener seul dans les rues et qui aurait la faculté d'identifier la présence d'un mur pour y projeter des vieux films.

J'aime beaucoup cette idée.

samedi 28 février 2009

Je n'aime pas mon blogue

Je le trouve sec, étique, manquant de chair et de grâce, de sentiment. Souvent mal écrit, pas écrit, écrit trop vite, et le thème est à chier; je ne le relis pas. Il a quelque chose de judiciaire, répondant plus à des nécessités théoriques qu’à des envies. Il est moins enflammé qu’irrité, il dissémine la castigation d’une manière prévisible. Une vision du monde désenchantée contre laquelle l’ultime recours est l’aigreur juvénalienne. La sensibilité lui fait défaut, cette attention au détail vibrant qui humanise mon prochain, serait-il le plus borné sur terre. Il ne s’ouvre pas à mes mélancolies, à mes manques, aux distances insondables qui me séparent d’un bonheur qui se dérobe irrémédiablement, ni aux joies intenses qui sont les éclats bien concrets de cette grande fiction. J’ai voulu y creuser un écart radical, or on aime essentiellement par ce qui nous rapproche. J’y ai déposé un simple accident de mon être, une humeur, un vestige de ma foi en quelque chose. Je ne le désavoue pas pour autant, il est authentique dans sa partialité et fidèle à l’instance qui le produit, même s’il n’émane que d’un pli trop particulier de mon être. Je ne tiens pas à réfléchir outre mesure sur ce petit avorton, ayant déjà dû surmonter une mouvement de dégoût pour écrire le possessif dans le titre "mon blogue".

vendredi 27 février 2009

L'odeur du cul du diable

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Pour connaître l’odeur dégagée par les effluves du cul du diable, lisez Nicolas Jacquier, Flagellum haereticorum fascinariorum, paru en 1458.

Quelle utilité, me direz-vous ? Si vous voulez lui rendre hommage, c’est l’endroit que vous devrez embrasser.

°

jeudi 26 février 2009

QJAA 5 : Sans scrupules

Je me suis rendue compte que "scrupule" signifiait chez les Romains "petit caillou", puis "tiers d'une drachme", soit "peanuts".

Ce qui serait réjouissant de nos jours c'est que certains banquiers sans scrupules se retrouvassent effectivement sans scrupule.

lundi 23 février 2009

QJAA 4 - métiers oubliés

Le maître des hautes oeuvres: le bourreau

Le maître des basses oeuvres: celui qui ramasse les cadavres et rase les sorcières.

Télévision

J’ai été invitée à une émission de télévision la semaine dernière, ou il y a deux semaines, par une sorte de faiseur d’opinion dans le domaine des sciences humaines. Ma contemption de la télévision étant ce qu’elle est, c’est-à-dire viscérale et formidable, j’ai décliné par les mots suivants : « Je ne crois pas qu'on puisse parler à la télévision, on y va pour se montrer, ce qui n'est pas ma démarche ». J’ai perdu un billet gratuit Montréal-Paris, mais je me sens plus forte, et légitimée.

QJAA-3 Femme de peu de foi

Selon certains, femina viendrait de fe (foi) et minus (moindre).

Eh bien moi, je n'y crois pas.

mardi 17 février 2009

QJAA 2 : le charme de la taciturnité


Quand on mettait le présumée sorcière à la question, ordinaire ou extraordinaire (i.e. la torture), on la faisait d’abord jeûner, pour qu’elle ne vomisse pas, et on rasait toute partie pileuse, car, pensait-on, il n’est pas rare que le Démon se tienne caché dans les endroits obscènes, où il pouvait à la fois rester muet et faire disparaître les sensations de douleur au plus fort des supplices (Nicolas Remy, La Demonolatrie).

On appelait cela le « charme de la taciturnité ».

dimanche 15 février 2009

QJAA- chrysocale et modicum

On ne devrait jamais passer un seul jour sans apprendre quelque chose. D’où cette série : Qu’ai-je appris aujourd’hui ? Pour fixer quelques lambeaux aléatoires de savoir, et pousser à l’humilité. Juste une bribe par jour.

Chez Mistral, il y avait deux mots : « chrysocale » et « modicum ». Le premier désigne un alliage imitant l’or, le second viendrait de l’adjectif latin signifiant modique, mais, si je l’ai bien rencontré chez Cicéron et consorts, je n’ai aucun souvenir de l’avoir lu sous la forme d’un substantif français.


mercredi 11 février 2009

Ce besoin de hiérarchie....

Cela devient lassant, et ce n’est pas près d’être fini : les classements de la blogosphère. Le dernier en date visant à établir le classement des 10 personnalités du web québécois a donné lieu au remplissage d’une case télévisuelle vide sur Radio Canada. Je comprends fort bien cette pente naturelle qui fait que toutes les parties prenantes au grand bruit médiatique (télévision, spectateurs, blogueurs, lecteurs de blogues) se fédèrent autour de ce genre de rites d’autocongratulation. Mais ce n’est pas parce que je la comprends que je vais la fermer. Voici ce que j’ai observé dans ce dernier avatar de la chose :

- l’idée vient d’un classement de Forbes sur les personnalités du web américain. Forbes ! Quel beau modèle, n’est-ce pas ? On va se précipiter pour faire à notre tour nos petits Forbes, exalter ces puissants qui nous méprisent, lécher le talon qui nous écrase, reproduire à tous les niveaux cette infecte logique de la hiérarchie de la fortune. Rien que d’y penser, cela me dégoûte. Un bonhomme sensé, Etienne de La Boétie, a écrit un traité sur la « Servitude volontaire », eh bien, on est en plein dedans. La résistance commencerait par le refus de ces logiques oligarchiques, l’abandon des systèmes de thésaurisations au profit de l’échange et de la circulation, la haine de la hiérarchie.

- le succès n’est pas une valeur. Pour un blogue à succès, pour un auteur à succès, pour une chanson à succès, combien de productions meilleures, mûries dans l’obscurité ! Le succès peut au mieux les faire connaître largement, au pire les dénaturer. Je me méfie de tout ce qui est populaire, car la popularité se gagne sur la compromission. Mes deux blogues préférés ne sont presque pas lus, entre 2 et 10 lecteurs réguliers probablement. Je sais que tant qu’ils resteront cachés, ils autoriseront une authenticité maximale, une singularité totale.

- la récompense pourrit la création. Je le vérifie incessamment. On ne travaille plus uniquement pour l’objet de la création, on façonne un objet qui puisse plaire. Le cinéma, croyez-moi, serait meilleur sans les Oscars et sans les recettes publicitaires, les romans sans le Goncourt.

- j’ai lu plusieurs sites de blogueurs dits « influents » sur la question. Certains d’entre eux, comme Martine Pagé, manifestent d’abord une gêne à participer à ce genre de hiérarchisation, pour mieux s’y livrer par la suite. C’est honteux, c’est lâche. On est dedans, ou on est dehors, suffit les faux-semblants. Surtout que, comme elle le reconnaît elle-même, une telle soumission à la logique dominante dans le monde économico-médiatique va à l’encontre des valeurs supposée des nouvelles technologies, censées privilégier les rapports horizontaux aux rapports verticaux. La télévision, elle, à la botte des Forbes, ne sonde jamais, elle écume. Je suis convaincue depuis longtemps que rien ne se produira par la télévision. J’ai ensuite espéré dans le web, mais quand je vois des prétendus pionniers, gourous, influenceurs du web faire cou-couche avec les ventileurs de paillettes du spectacle médiatique traditionnel, je n’y crois plus. Avant-hier, j’ai refusé de participer à une émission de télévision pour ces raisons, c’est mon plaisir à moi, je me sens plus forte que la reconnaissance (j’y reviendrai).

- le classement c’est l’absence de pensée. La preuve, le classement effectué révèle l’absolue vacuité de ses critères de sélection.

- enfin, il est toujours amusant de remarquer à quel point le classement amplifie spectaculairement les psychopathologies du moi. On commence à voir frétiller tous ceux qui sont minés par l’angoisse de la reconnaissance, profiler leur tête triangulaire en glapissant : « coucou, c’est moi, nominez-moi ».

lundi 9 février 2009

1ère béatitude

Heureux l'homme qui faute, heureux l'homme qui reconnaît sa faute, il est bien plus grand, dans ce moment, que le vaste conclave de tous les sages.

dimanche 8 février 2009

Clovis

En 2002, le grand patron d'une entreprise française touchait 20 millions d'euros annuels, soit 1500 fois le salaire minimum d'un ouvrier, soit autant que ce qu'aurait accumulé ce même ouvrier qui aurait travaillé sans discontinuer depuis ... Clovis (premier roi des Francs, 466-511).


(d'après Jean-François Kahn)

jeudi 5 février 2009

Le journaliste et sa foire

J'écoutais des éditorialistes analyser le désormais célèbre "I screwed up" d'Obama.

L'un deux:

- on se dispute sur la traduction correcte, certains proposent "j'ai merdé", d'autres "j'ai foiré".

Il ne semblait pas savoir que la différence peut tout au plus résider dans la consistance liquide du second.

Je rassure quand même ce journaliste à la sémantique défaillante: entre la foire commerciale et la diarrhée, il existe des liens analogiques particulièrement évidents.

dimanche 1 février 2009

Culture - brèves

J'entendais à la Radio l'ex-animateur vedette, journaliste littéraire, et récemment viré de la plus grosse boîte à audience de la télévision française, se lancer dans une philippique contre les fossoyeurs de la culture (quelle suite de clichés !). Pour soutenir je ne sais plus quel argument, il convoquait l'exemple de l'héroïne d'"Un Coeur simple" de Flaubert, qu'il appelait, avec peu de bonheur, "Félicie". Flaubert aurait bien ri de voir ce Bouvard de la critique le confondre avec Fernandel! Et PPDA se coucha dans la tombe qu'il avait lui-même creusée.

mercredi 28 janvier 2009

Le blogue fade

C’est celui dont on se dit : tout ce que cette personne écrit m’indiffère. On se lasse vite de cette scansion monotone de l’indistinction journalière. On y retourne parfois, pour vérifier que le temps y est toujours aussi gris, ou que le logis pète d’autant de couleurs vives. C’est propre, orné, lisse, c’est quotidien, c’est rien.

samedi 17 janvier 2009

stats pubs fuck

Que le blogueur soit obsédé par ses statistiques, passe encore, nul n'est totalement responsable du chancre qui le ronge. Mais qu'il ne puisse se retenir d'en parler, d'en faire des rapports, d'établir des classements de ses billets les plus lus, d'exposer les stratégies payantes en termes de trafic, il y a là une faute de goût majeure.

Cette mercantilisation de la communication (je n'ose plus dire "pensée") est répugnante. Si la parole est libre, sa circonscription dans une audience la rend forcément captive. Je ne crois qu'à la pensée qui s'origine dans le mépris profond de son succès. Elle seule est pure, elle seule me séduit.

Il y en a même quelques uns qui passent au stade suivant, la rentabilisation. La présence de publicité. Vous saisissez la laideur de ce mot ? Pour moi, la pub est une source majeure de pollution. Ce racolage indécent qui me considère de façon insultante, comme une acheteuse. Qui tente de me séduire alors que je n’adhère à aucune de ses valeurs, ni à son graphisme grossier, ni à ses slogans vides, ni à ses sourires contrefaits, ni à ses mirages du nouveau, ni à sa logique consumériste que j’exècre par-dessus tout. Il serait temps de remettre les marchands à leur place. Qu’ils vendent oui, mais qu’ils n’empiètent plus, avec tant d’agressivité, de laideur, avec leurs doigts gras et leur haleine chargée, sur mon environnement immédiat.

Je perds toute estime pour le blogueur qui met de la pub sur sa page. Point.

D'ailleurs, il y a une mauvaise odeur qui s'exhale chez certains représentants de cette gauche bien-pensante, qui ne savent plus combattre, encore moins résister, tellement ouverts et tolérants qu'ils ont épousé sans (se) l'avouer tous les credo de cette vaste entreprise d'asservissement capitaliste, et son immonde version "culturelle".

vendredi 2 janvier 2009

On finira nos verres une autre fois

Dans un moment d’errance, je tombe sur une vidéo de Gilles Deleuze parlant de la boisson – de son alcoolisme et de son rapport à la pensée -, sur le blogue de Chantal Guy, qui parle de littérature. Son témoignage est intéressant, même si je crois que Deleuze joue avec la question et répond de façon très ironique. Après tout, l’idée que l’écrivain (le penseur) offre son corps en sacrifice pour une révélation qui le dépasse est un vieux motif de la réflexion sur la création – mais pour être vieux, il n’en perd pas pour autant d’intérêt dans ses multiples métamorphoses.

Ce qui est consternant, c’est la façon dont ce témoignage est recyclé dans le blogue. Comme il est question d’un philosophe important, et que cela va forcément faire peur aux lecteurs (à la masse des lecteurs), il faut tempérer. Alors on met une touche de parler populaire (« boésson »), une touche d’actualité (les excès des fêtes), et on prend bien soin de préciser qu’on s’adresse à la grande confraternité des ignares : « Vous apprendrez aussi un nouveau mot: pénultième ». Je me demande bien à quoi ça sert de refiler du Deleuze à ceux qui ne connaissent pas le mot « pénultième ». Et j’ai un doute : la blogueuse littéraire ignorait-elle le mot ou était-ce simplement de l’arrogance ?

vendredi 19 décembre 2008

Petitesse, encore

Petit, le traqueur

Petit, le dénonciateur

jeudi 11 décembre 2008

Mépris

Face à la médiocrité médiatique, et télévisuelle en particulier, face au type qui nous sourit à la télévision pour nous engluer à son néant sucré, je sens qu'il est de mon droit, et de mon devoir de montrer du mépris.

J'en fait désormais un de mes buts. A chaque occasion où je croiserai un de ces petits soldats de la régression, je lui dirai brutalement mon mépris.

Après tout, ces gens nous polluent en vertu du pouvoir qu'on leur donne par notre silence. Je veux contribuer à faire le monde dont je rêve, et malgré la tragique impossibilité de le réaliser, j'ai le droit de cracher sur ces criminels qui me sourient. 




Par coeur

Aujourd'hui j'ai décidé de lutter contre la pente fatale. Celle qui fait que l'on confie de plus en plus sa mémoire à des instruments de stockage toujours plus importants, et toujours disponible, par un click.

Donc je vais apprendre par coeur, de nouveau, les grands poèmes. Sous ma douche, en voiture, quand je vais me chercher à manger à midi.

Je vais commencer par un Baudelaire (la Nature...), une ode d'Horace (Maecenas atavis), les baisers de Catulle, les erreurs de Pétrarque, un Apollinaire...

Ca va faire du bien !

jeudi 4 décembre 2008

sola sub nocte

La solitude ne m'a jamais fait peur, mais la multiplication des liens de réciprocité sociale oui.

Ce soir je me plonge dans une longue nuit solitaire, accompagnée d'un petit feu jusqu'aux premières lueurs matinales.

Malgré l'écrasante fatigue, le mal de tête, je suis bien.

Je sais que demain soir, j'aurai le droit de dormir.

mercredi 3 décembre 2008

Mais, mais que fait donc Isis à Osiris ?


mardi 2 décembre 2008

Les journalistes et le sarcophage de la culture

J'écoutais une émission française, dans laquelle quatre éditorialistes - plus l'animateur- s'indignaient de concert d'une mesure récemment prise par un secrétaire d'état: l'élimination de l'épreuve de culture générale dans les concours administratifs.

Le journaliste le plus célèbre du lot (PPDA), de se lancer dans un hymne ronflant à la culture: "qu'est-ce qu'il y a de moche à ne pas savoir... à savoir ... qu'il y a une déesse grecque nommée Isis ... ?"

Il y a bien, de ce nom, une déesse égyptienne qui veille sur le sarcophage. Avec nos journalistes, la culture est bien gardée, coffrée, scellée. Pas de risque qu'elle vive.

Allons, Monsieur Poivre, une petite fellation ?

lundi 24 novembre 2008

mort et livres


Je n'ai pas dit mort aux livres. Mais voyez, la mort rôde autour du livre. C'était quand l'imprimerie était une nouvelle technologie. L'odeur de mort traînait dans l'atelier, comme si on sentait que c'était un pouvoir dangereux; il ruinait certaines mainmises sur le savoir. D'ailleurs, combien d'imprimeurs ont été brûlés à l'époque !

Malgré tout, je crois que le livre, comme support technique de la diffusion d'art et d'idées, a un bel avenir encore.

Je crois aussi que le blogue ne représente pas grand chose dans l'histoire des évolutions des moyens techniques d'expression. C'est une petite extension de la capacité à chacun de faire du bruit. Or, la qualité naît de la contrainte et de la restriction.

mardi 18 novembre 2008

salon

Y a-t-il une seule bonne raison d'aller au salon du livre de Montréal ? J'hésite encore, chaque fois que j'y vais j'en ressors frustrée de voir que les écrivains de pacotille prennent toute la place. Les Vézina chemise ouverte, ça ne me tente pas beaucoup, et la littérature québécoise triomphante ne me branche pas plus que cela, enfermée dans son autisme provincial. Les esprits chagrins diront que c'est parce que mon livre n'y est pas. Il était au salon de Paris, et je n'y suis pas allée pour autant, bien que je fusse dans la région. De toute façon, je n'aime que les écrivains morts. Les écrivains vivants sont dans leur grande majorité insupportables. Il y en a même qui bloguent, et oulala !, ils se froissent plus facilement que du papier Bible. 

lundi 17 novembre 2008

l'informatique indiffère les femmes

C'est ce que rapporte Pisani. J'ai lu les commentaires, et j'ai tendance à être d'accord: de façon générale, les femmes ne supportent pas l'autisme de l'homme devant sa machine. Il semble prendre l'objet comme une fin, alors que nous y voyons un moyen. Nous ne voulons pas oublier de vivre, de respirer, d'échanger par des mots, des regards, des toucher. De même qu'on commence à se soucier du confort de notre milieu naturel, de même, un jour, on se préoccupera de la communication dans un milieu naturel comme d'une urgence vitale.

vendredi 14 novembre 2008

bernard&betty

Je hais la morale

Les prisons centrales

Les maisons d'arrêt

jeudi 13 novembre 2008

Les demi-savants

Pascal distingue trois types d'attitudes face à la connaissance, qui forment comme le cercle du savoir:

- les ignorants

- les demi-savants

- les savants

Pour lui, les savants en viennent souvent à penser la même chose que les ignorants, mais à la suite d'une démarche différente. Montaigne appelait cela l'inscience: le retour à un forme savante de l'ignorance.

Pourquoi pensais-je à cela ? Je ne me souviens plus vraiment. Ah oui, j'entendais un demi-savant éructer son patriotisme. Je déteste le patriotisme, il pollue l'amour que je peux porter à mon pays. Je l'affirme haut et fort: toute personne qui tient un discours patriotique ne peut pas être intelligente.

samedi 1 novembre 2008

Nus !

Donc hier, mon ami un peu fou et moi sommes allés fêter au centre-ville, à deux pas de chez lui. Il faisait doux, c'était débridé, carnavalesque. Les déguisements à l'effigie de la Palin faisaient fureur. Les jeunes filles aiment montrer un maximum de nudité; beaucoup d'hommes en profitent pour se travestir. Et tout le monde semblait n'attendre que cela: la course des nus à tête de citrouille. Comme une grande respiration sociale, un soulagement des mille contraintes du quotidien, un doigt d'honneur à la morale et à ses noeuds trop serrés, le droit de rire collectivement.

Bien sûr, les forces de l'ordre voulaient empêcher la course, mais avec la complicité d'une foule bien compacte, un longue file de zizis et de nichons cucurbitacéphales s'est déroulée:

video

Les gens étaient excités, on se touchait beaucoup dans la foule, et tout le monde riait, même quand ça pelotait - furtivement - votre servante en sait quelque chose.

Les policiers sont pourtant intervenus. Courir nu, quel scandale, quelle indécence ! Ca pourrait offenser les bonnes gens. Offenser qui ? Tous ceux qui étaient là étaient avides de voir, de rire, de jouir. Ces satanées lois ne veulent pas qu'on partage les joies du corps. Le corps, brut, fait peur, on le confine dans l'intime, puis c'est précisément ce corps intime qui intime qui fascine et terrorise. Vive la fête, qui le libère, le légitimise, lui donne un vrai sens, le sens de la révolte nécessaire contre l'étroitesse d'esprit, celle qui vient du mal originel de nos société: l'institution.


video


Bref, au total, j'en suis rentrée un peu plus bakthinienne: il y a quelque chose de sain dans la culture vraiment populaire.

Avec une petite tristesse cependant: le peuple se meut rarement de lui-même. A un moment donné, devant les flics qui notifiaent aux malheureux le fait qu'ils seraient accusés d'être des "sexual offenders" (c'est un comble !), un type a grimpé sur une colonne pour haranguer la foule et un autre a crié: "let's all get naked". Nous n'avons pas osé, je le regrette. C'aurait été émouvant.

(Merci à mon ami S* pour les vidéos et son cri du coeur dans l'une d'elle)

vendredi 31 octobre 2008

courir nu

Je suis chez un ami de longue date, à l'étranger, dans une ville bizarre où, ce soir, à la nuit tombée, des conspirationnistes débonnaires se réunissent au centre ville avec de gros sacs en plastique, se mettent nu, enfilent la tête dans une citrouille et vont courir à poil par les rues. 

Donc, nous trimons sur notre conférence diurnement et nous courrerons nus nuitament. Enfin, ce dernier point n'est pas encore acquis. Nous (il) négocions.

Mardi je serai vers Washington pour les élections. J'écoute les media très conservateurs, ils ont le moral dans les chaussettes, ils sentent déjà la défaite.  Elle est inexorable, et ils sont chous. Allez, les néo-cons, venez courir nus avec nous, ça change les idées.

jeudi 23 octobre 2008

Montaigne

Montaigne est parfois considéré comme un ancêtre du blogue / des blogueurs. On y trouve en effet une pratique de l'écriture souple, dynamique, qui procède par ruptures, reprises, récritures. L'introspection, le scepticisme et l'inscription de la pensée dans le temps de son écriture, dans le vaste mouvement chaotique qui entraîne le monde et toute certitude, expliquent en partie cette assimilation. 

Il y a bien sûr des différences essentielles entre l'essai montaignien et le blogue, ne serait-ce que le fait que le texte blogual croît linéairement, et a tendance à rejeter son histoire dans les profondeurs de ses pages, qu'on ne relit plus, alors que l'essai montaignien croît par strates superposées, ce qui fait que l'essai contient en soi, en "profondeur", sa propre histoire. 

J'avais déjà lu plusieurs fois la mention de Montaigne, convoquée comme modèle pour la pratique du blogue. La dernière occurrence, je l'ai trouvée dans un blogue technologique que j'aime bien lire - j'en suis la première surprise. Je trouve que l'auteur a compris l'essence de l'exercice et le pratique avec intelligence, sobriété et élégance. Il y a tout: de l'information, de l'humain, du dialogue, de la pensée en phase d'élaboration. Et la technologie, sous sa plume, n'est pas sèche, elle est un moyen d'interroger notre rapport au monde. 

Pour revenir à Montaigne, si les blogueurs pouvaient en lire juste quelques lignes, une fois ... 

En ce moment, j'aimerais tellement être capable de faire comme lui: "Quand je dance, je dance; quand je dors, je dors" (III, 13). Mon esprit arrive rarement à faire corps avec mon action du moment. 


jeudi 16 octobre 2008

p. 400

environ. 

Assister à la naissance, ou plutôt à la reconnaissance, d'une force de la pensée. Ce qui est frappant, c'est que devant une pensée vraiment forte, subtile, qui ne simplifie rien, n'évite aucun écueil, mais tente de prendre en compte l'infinie complexité des choses pour leur donner un sens, peu de d'individus sont en mesure d'accepter la confrontation. Même au plus haut niveau, certains courbent l'échine, vaincus, avant même d'avoir essayé. 

Qu'est-ce qu'une contribution intellectuelle ? Il y a ceux qui font circuler les idées qui sont dans l'air, sans les digérer, les trier, sans en faire grand chose en définitive. Ce sont des esprits-passeurs, mais j'hésite encore sur la notion d'esprit dans leur cas. Il y a ceux qui tentent d'apporter quelque chose, de faire un pas de plus. Ceux-ci ne font pas passer les idées, ils les sélectionnent, élaguent beaucoup, les intègrent, les digèrent. En eux s'opèrent une longue maturation, fruit d'une exigence austère. Un jour, cette maturation produit une pensée nouvelle, autonome, libre. Leur nouveauté est le fruit de tout un pan de l'histoire de la pensée, rien n'émerge a nihilo, leur innovation est une greffe, mais une greffe féconde. 


mercredi 15 octobre 2008

p. 9

J'aime beaucoup l'idiotie, c'est une de mes perversions. Je la scrute, je la guette, je la piège. Mais c'est un plaisir facile, et coupable.
 
Devant l'intelligence, devant la beauté infinie d'une pensée complexe, j'ai un respect presque religieux, ce figé qui nous saisit devant une divinité terrible. 

Quand je suis confronté à une pensée qui me dépasse, mais dont je sens que je peux la comprendre, qui me pousse à m'élever, qui me grandit, je ressens une série de frissons qui monte le long de mes jambes. Je sens quelque chose travailler dans mes entrailles, c'est un bonheur étrange, mais un bonheur puissant, de ceux qui vont nous accompagner toujours. 

J'aime me sentir ainsi petite devant quelqu'un qui m'apprend quelque chose de nouveau. Je l'admire, je lui suis reconnaissante, et j'aurais envie de l'embrasser. 

Je n'en suis qu'à la page 9, mais je l'embrasse. 

p. 2

Je me rends compte avec effroi que j'ai laissé des taches de café sur la page 2. 

J'oubliais

Le pire dans l'administration, c'est sa bêtise. Elle tend à pétrifier la règle, oubliant qu'elle est là pour nous servir, non pour nous asservir. 

La règle ne devrait être manipulée que par les gens intelligents, qui savent la dépasser. 

Or, l'administration est un chaud repère pour cerveaux frileux. 

P. 8, toujours. Elle est corsée, celle-là. 

page 8

Je dois évaluer un dossier pour une nomination. A vue de nez, 800 pages, plusieurs kilos. Comme je suis consciencieuse, je vais tout lire. Mais ma décision, j'aurais pu la prendre en 10 minutes, le temps de lire 2 pages - oui, il faut bien 10 minutes pour en lire 2, c'est pas du blogue, comprenez-vous ?- ou 30 minutes, le temps d'écouter cette personne. C'est ça, l'administration: beaucoup d'inutile, une bouffissure effrayante, car l'administration, pour justifier son existence, doit grossir d'année en année. Et, surtout, une défiance fondamentale envers le jugement des gens. 

J'aurai probablement fini ce soir, je vous tiens au courant. J'en suis à la page 8.

lundi 13 octobre 2008

Plein de vide

Je viens d'entendre une grande patronne qui s'exprimait sur la crise:

"ce qui a manqué, c'est l'absence de règles du jeu". 

On se réjouit de voir les solutions arriver ...

Gros danger dans la maison

J'entends ou lis au moins trois fois par jour l'expression "il y a péril en la demeure". Utilisée, bien entendu, pour exprimer un danger imminent, parmi nous. 

Ce qui est totalement faux: le proverbe signifie qu'il y a un péril à ne rien faire (à "demeurer").

J'ai ressenti une urgence à le dire. 

mercredi 8 octobre 2008

Précis de mauvaise littérature

Vient de paraître, paraît-il, la réédition du Jourde et Naulleau, "Précis de littérature du XXIe siècle".

La démarche est simple: un manuel littéraire qui traite d'une littérature "sans estomac", gonflée par un système médiatique et ses petits soldats journaleux incultes.

Je ne l'ai pas lu, mais je trouve la démarche saine.

Il y deux types principaux de création: celle qui n'est pas orientée par le désir d'être consommée, et qui travaille l'art lui-même. C'est Beckett, c'est Giacometti, des créateurs discrets, en retrait, dont l'atelier est un monde et leur personne une victime sacrifiée sur l'autel de forces prométhéennes qui les annihilent.

Et il y a les chasseurs de couvertures, de devantures, de flashes et des droits d'auteurs, qui ne créent rien, mais resucent. Ils dépensent leur énergie à se fondre dans les attentes d'un système médiatique, qui n'aime que le facile et le pré-mâché, de tout façon.

mardi 7 octobre 2008

La censure est une faiblesse

J'écris peu, mais je constate que j'ai déjà été censurée quatre fois (au moins).

Pour paraphraser un écrivain assez médiocre (Voltaire), la censure accrédite ceux qu'elle muselle. 

J'imagine qu'on doit se sentir assez petit quand on agit ainsi. 


vendredi 3 octobre 2008

A-t-on le droit de ne pas regretter ?

Vous commettez un "crime", des "crimes".

Vous "payez votre dette" à "la société".

Vous sortez.

Mais on vous interdit de parler de votre "crime".

Vous faites penser que vous ne regrettez pas d'avoir commis vos "crimes".

Pour lesquels vous avez "payé".

Conclusion: nous n'avons pas le droit de ne pas regretter. Ou du moins de l'exprimer.

Est-ce juste ?

mardi 30 septembre 2008

Le programme de l'e-conne

L'e-conne républicaine, surmaquillée, après s'être empêtrée dans ses erreurs, n'est désormais capable que de répéter un programme redondant et autotéléologique: "we're going to do what we have to do".

Dans la lignée de cette pâle e-connerie, voici, avec toute la précision requise, mon programme de la journée:

Me lever à l'heure où je dois me lever; petit-déjeuner d'un petit-déjeuner qui me convient; m'habiller d'habits qui me vont bien; me maquiller d'une couleur de maquillage qui me sied; partir au travail à l'heure où il me faut partir; travailler les sujets qu'il est prévu de travailler; déjeuner d'un met consigné dans le menu; abattre la tâche qu'il faut abattre dans la journée; me soulager aux moments où mon corps requiert de me soulager; le soir, me divertir d'un divertissement qui me divertit; m'endormir au moment où mon corps sombre dans le sommeil.

Voilà, je me sens prête pour la vice-présidence.

lundi 29 septembre 2008

Flux de bourses

Je ne sais pas si on se rend compte de l'immensité du scandale que réprésente la crise financière actuelle, et le fait que l'Etat vienne renflouer à coups de millions, de milliards ceux-là même qui sont responsables de la crise, à savoir ceux qui sans scrupules, sans compassion, se sont enrichis sur la misère des autres. Si je croyais à la morale, je parlerais d'immoralité extrême. Si vous voyiez à quel point en ce moment la troupe grouillante des lobbyistes payés par les institutions financières s'active dans les travées gouvernementales ! Il n'y aurait qu'une seule chose à souhaiter, l'effondrement complet du système, et une curée de grande ampleur des gueux sur les financiers cravatés. Pourquoi n'y aurait-il pas une saisie préventive de grande ampleur de tous les biens des financiers impliqués dans cette mise à sac ? Le spéculatif échappe-t-il au devoir de rendre des comptes ? Serait-il au-dessus des lois ? Mais notre système n'est plus capable de révolution, parce que chacun a reçu une dose suffisante de confort, autant matériel que, surtout, intellectuel. L'endormissement de l'esprit est vraiment la pire chose qui soit, l'arme absolue. Il ouvre la porte à la seule valeur suprême, cette chose d'une laideur absolue qu'on appelle argent. 

vendredi 26 septembre 2008

Palin, l'e-conne

Regardé la dernière entrevue de la Palin à CBS. C'est effarant, une idiote pur sucre. Une vision du monde d'enfant, des yeux effarés, un bégaiement continuel, un discours totalement incohérent.

C'est le monde d'aujourd'hui: défaite du logos devant l'icône.

jeudi 25 septembre 2008

Nique et pine

Je déteste être prévisible, mon orgueil en prend un coup. Mais il faut assumer. Qu’Ed cesse donc ses enfantillages, la tag, outre d’être un sale nom, est comme un vieux chewing-gum qui passerait de bouche en bouche. Imaginez le goût de salive durcie !

Je n’aime pas ce jeu pour plusieurs raisons :

- c’est puéril (péché véniel)
- ça a pour effet principal de renforcer l’infecte logique du flux (voir plus bas)
- c’est viral, c’est exponentiel, ça répond à une volonté néfaste d’expansion, mais non l’expansion d’un savoir qui se construirait, se développerait, se hiérarchiserait, mais seulement l’expansion du même. Encore de la moutonnerie.
- c’est basé sur le pavanement du moi. Le premier qui lance le mécanisme est mégalomane. Pour son plaisir narcissique, il contamine ses amis, sans s’interroger sur le déplaisir qu’il peut entraîner aux divers niveaux d’expansion de ce satané mécanisme, tant il est certain que son lien inepte touchera le blogueur comme la grâce divine le pécheur. Le destinataire est souvent complice d’ailleurs, il est flatté, le con.
- mais c’est sur surtout une contrainte. Je déteste qu’on me dise quoi écrire, à quoi penser, qu’on me fasse participer de force aux bêlements du troupeau. Merde ! J’ai remonté la tag des photos de bureau, j’ai constaté que beaucoup de blogueurs infectés sont gênés, incommodés, se plient à contre gré à l’exercice, contraints par l’amitié qui les lient au dernier passeur de la vérole virtuelle. Si mes brèves recherches sont exactes, le grand coupable, dans la tag des bureaux, est Dominic Arpin. Je soulève volontiers ma jupe pour l’ami qui me trouble en plongeant ses yeux dans les miens, mais je refuse de me faire dominiquer par procuration ou de me faire arpiner à mon insu.
- les tags sont ineptes. Les sujets sont inoffensifs, ils font ronronner la bien-pensance. Comme par hasard, il n’y a jamais de tag du genre : « quels arguments moraux trouvez-vous pour justifier le fait que, sachant que votre abonnement au câble pourrait sortir de la misère trois enfants de Calcutta, vous continuiez de vous abonner ? ». Ce serait le moment de se rendre compte que ces conneries à grande échelle nous endorment, et que cet endormissement profite à quelques uns.

Enfin, je ne me fais pas d’illusion, il y aura toujours un Ego suffisamment indécent (pléonasme) pour vouloir laisser sa petite goutte universellement. « En un mot le moi a deux qualités ; il est injuste en soi, en ce qu'il se fait le centre de tout ; il est incommode aux autres, en ce qu'il les veut asservir ; car chaque moi est l'ennemi, et voudrait être le tyran de tous les autres. »

la culture

La culture, c'est la mémoire de ce que l'on est en tant que collectivité.

jeudi 11 septembre 2008

Heureux les pauvres d'esprit...

J'écoutais sur le chemin du retour une radio religieuse. L'animateur, la larme à l'oeil, disait: "Il faut toujours se souvenir de cette réalité merveilleuse: dès que vous tournez vos yeux vers Dieu, sachez que les yeux de Dieu, simultanément, vous regardent".

L'anthropomorphisme a de beaux jours devant lui.

mardi 2 septembre 2008

Le jour des moutons

Blog day. Je l’ai laissé passer, fichtre. Mon problème, c’est qu’il y en a un seul que j’aime. Les blogues sont toujours décevants sur la longueur. Et en fait, j’en lis un plus grand nombre par détestation que par amour.

Ceci dit, ce jour des blogues est une connerie, et je ne félicite pas le troupeau des suiveurs qui se croient obligés d’obéir à la grande logique du flux qui est à l’origine de cette « idée ». Franchement, ces tags, ces jours, ces galas, vous ne trouvez pas en vous de quoi y résister ? La moutonnerie, ça ne vous dégoûte pas ? Vous avez tous les jours de l’année pour parler de vos découvertes, pourquoi vous soumettre à une initiative qui vient d’on ne sait où et qui a très probablement pour but ultime de stimuler la consommation – ou plutôt le trafic - car il rapporte toujours quelque chose à quelqu’un.

Comme le dit Aristote, cité par Rabelais : le mouton est le plus sot et inepte animal du monde.

lundi 25 août 2008

C'est la rentrée

Bon, franchement, dites-moi, qu'est-ce qu'il y a de plus ennuyeux (j'allais dire "chiant") qu'un blogue de prof qui parle de choses de prof ? Les profs du secondaire, surtout. Leur monde a l'air tellement petit. Ils dissèquent la routine dans une langue bien maîtrisée (mais tellement sèche!), avec cette petite tendance à l'exhaustivité qui fait qu'on s'endort avant la fin de la phrase.

J'hésite parfois entre deux explications: faute d'avoir pu saisir l'occasion de la vraie recherche, ils se recroquevillent sur une pédagogie qui les aigrit. Mais ceux-ci, souvent, ne tiennent pas de blogue. Dommage, ils pourraient être caustiques. Ou alors, faute d'avoir les capacités de faire de la vraie recherche, ils s'épanouissent dans cet entre-deux de la connaissance qu'est la pédagogie. Ils jouissent de leur statut, un petit empire bien circonscrit, comme leur vie. Ceux-ci tendent à bloguer.

vendredi 15 août 2008

Petite faim

L’intelligence (la vivacité d’esprit, la curiosité, l’exigence, l’amour des nuances, le besoin de se dépasser) a besoin de stimulations pour se développer. Je pensais cela en voyant quelqu’un que j’aime bien, tout à l’heure, dans son milieu de travail. Il y fleurit la réduction de la pensée. On réfléchit par lieu commun, on ne craint pas l’outrance, la blague domine, on parle actualité, vacances, relations de travail, guère plus. De toute façon, on se parle par bribes, par ennui. Je voyais cette personne, une intelligence fine, un esprit éveillé, qui aime les défis, et je me disais qu’au fil des ans son esprit, peu stimulé pendant la journée, s’abaisserait au niveau de ses collègues, se contenterait d’une activité peu déstabilisante, et finirait pas se marrer des inanités proférées, qui le nourriront assez, puisque sa faim sera moindre.
Je n’ai pas aimé cette vision d’horreur, et je me suis promise de ne jamais céder à la facilité avec lui.

mercredi 6 août 2008

A vendre: veste de voyou, trop grande pour moi

Ce gars est un phénomène intéressant, par la cour qu’il s’est bâtie. Essentiellement, pour les lectrices les plus assidues, une petite fascination pour son côté mauvais garçon à sauver de lui-même malgré lui-même, et selon cette recette connue que le critique les plus virulent attire souvent celles et ceux qui rêvent d’une reconnaissance d’autant plus forte. Il est pathétique de voir ces personnes rabrouées qui viennent encore essuyer le talon qui les écrase. C’est leur vie après tout. Je n’ai jamais compris les flatteurs, cela témoigne d’une estime de soi qui peine à s’approcher de zéro (par le bas). Je ne comprends pas plus ceux qui aiment être flattés, cela révèle une fragilité narcissique assez grande. Il faut le dire bien haut : la flatterie abaisse autant le flatteur que le flatté. Mais passons. Il arrive à être marrant parfois, ce qui est rare, et un très bon point. Petite tendance à jouer l’adolescent attardé, ce qui personnellement me gêne moins que la prétention. Franchise rafraîchissante, bornée néanmoins par le goût de choquer et un certain conservatisme qui le fait utiliser fréquemment les recettes qui marchent. Très self-centered, probablement à outrance.

Là où je l’ai trouvé vraiment nul, c’est sur ses récits de son voyage de Compostelle. Le bon québécois fait son effort surhumain pour agripper un peu d’altérité culturelle, par l’éloignement géographique et les échos historiques (je dis bien un peu, vu que ce voyage est déjà en soi un gros cliché). Or, il en ressort quelques petits crachats contre les conditions d’hébergements, les nationalités rencontrées et le mal aux pieds, et une ode exaltée à sa maison de banlieue. Tu te dis parfois que l’être humain a tout ce qu’il faut pour s’élever, comme le nain sur les épaules des géants, mais il ne lui manque qu’une chose : la volonté. Alors il trouve autour de lui quelques specimen bien aplatis pour monter dessus et pour voir juste un peu plus haut, quelque part au niveau du soupirail. Et ce spectacle lui suffit. Alors il parle de haut, et fort, sur les veules qui lui servent de paillasson.

Un peu de culture permettrait à des types de ce genre de franchir un palier. Mais pour cela le roitelet doit accepter de n’être plus rien dans un monde sans bornes

mercredi 30 juillet 2008

Gros cerveau commun

Je l’aime bien Renart. Premier billet un peu public sur la blogosphère, que fait-il ? Il déroule sa (longue) liste de petits amis. Cela préfigure de puissantes et profondes vues sur la société.

La sphère est comparée à un « gros cerveau commun » , quelque chose d’une absurdité terrorisante, mais qui explique bien des choses. Du moment qu’un gros cerveau quelque part pense pour nous, ça soulage, n’est-ce pas ? Pas besoin de lire Platon, Rousseau ou Heidegger, quand on aura besoin d’un digest pas trop lourd de leur pensée, on cliquera sur un lien.

Aveu de faiblesse

Ce doit être l’été, peu de choses m’indignent, à part moi-même. Pourtant, je ne céderai pas à la tentation de raconter ma vie. Je ne m’inquiète pas, il suffit que je recommence à m’intéresser aux autres, la petitesse n’est jamais loin.

mercredi 16 juillet 2008

Les gauchistes et l'ordre

Nos gauchistes ne sont plus ce qu’ils étaient. Avant, ils étaient un peu cons avec Marx, le Livre rouge ou le manuel de la guérilla urbaine de Marighella, mais au moins – certains d’eux en tous cas – sacrifiaient leur vie et leur avenir à une conviction. Surtout, pour eux, les manifestations de l’ordre, avaient des relents de classe. Il y avait quelque chose de fétide chez le voisin qui regarde par le judas, dans les feux de signalisation, dans le respect des signes de la propriété. J’aime bien contempler la petitesse de certains gauchistes d’aujourd’hui. Eux qui revendiquent une largesse de vue, la libéralité des mœurs, le métissage culturel, l’absence de frontières, je les lis souvent s’indigner du bruit du voisin, de l’incivilité dans l’autobus, d’une impolitesse, d’une critique trop vive. Ils prétendent vouloir un monde meilleur et hurlent qu’on leur a marché sur le pied. Autant tolérant dans ses discours que raidi sur son confort, ce tartuffe brandit l’idéologie du respect pour mieux cacher que ses convictions ont épousé le périmètre bouffi de son bien. Ce type me déçoit et me dégoûte.

dimanche 13 juillet 2008

Shane est encore vivant

Périodiquement, je me demande si Shane Mc Gowan est encore vivant. Je l’ai connu titubant à un concert il y dix ans, j’en étais ressortie avec plus de pulsions pour Shane que pour mon accompagnateur velléitaire. J’ai une inaltérable admiration et une tendresse infinie pour ceux qui, comme lui, ont trouvé moyen de se rendre radicalement irrécupérable au risque de se détruire, ou plutôt par une autodestruction assumée.

dimanche 6 juillet 2008

La stratégie de la mouche

Chez les macaques, comment se réconcilier sans en avoir l'air ? Grâce à la stratégie de la mouche:

"Franz de Waal a observé le manège d’un macaque rhésus. Pour susciter le contact, il faisait croire qu’il avait aperçu une mouche sur l’épaule de son rival et il profitait de l’« occasion » pour se rapprocher de lui et le débarrasser de l’insecte. Le contact était à nouveau établi. En général, le rival en question, trop heureux de faire la paix, ne refuse pas ce contact et feint lui aussi de sentir la mouche sur lui !"

(tiré du blog de Marie Muzard, Nous autres les singes, qui regarde la politique à travers le prisme de l'éthologie, les résultats sont très amusants).

vendredi 4 juillet 2008

Blessures d'amour

C'est vrai que j'ai vécu des blessures d'amour dans ma vie. Pour tout psychologue débutant, c'est une explication toute trouvée pour comprendre ce ton aigri que je prends.

Il y a un mécanisme subtil à l'oeuvre, je vous l'explique. Pléiade - cas très hypothétique - a été rejetée, elle qui aimait tant. La douleur est intense, l'ego est bafoué, l'estime de soi est à zéro. D'abord elle déprime, puis elle mange du chocolat, puis elle va s'acheter de la lingerie. Cela permet automatiquement de remonter quelques marches. Puis, les forces revenant, elle doit expulser sa colère, son ressentiment. Elle doit absolument trouver quelqu'un pour se sentir à nouveau d'une valeur un peu supérieure à l'excrément canin qu'elle vient de fouler sur la chaussée. Alors, elle s'attaque sans raison aucune, en toute malhonnêteté, à des blogueurs innocents. Dieu bénisse ces blogueurs innocents qui participent à la guérison de la blessure narcissique de Pléiade.

Tout cela pour dire qu'un de ces écrivains attaqués avec méchanceté m'a gentiment répondu et que je lui ai courageusement répondu à mon tour, en commentaire.

mercredi 25 juin 2008

Sept mots cochons

George Carlin vient de mourir. Il avait fait un sketch célèbre, Seven Dirty Words, qui lui a valu des poursuites judiciaires. Les sept mots cochons et interdits à l'époque sont shit, piss, fuck, cunt, cocksucker, motherfucker, et tits.

Je me demande bien quels mots sont indicibles aujourd'hui, que l'outrance sexuelle est devenue branchée et une façon facile de plaire. Le sexe - sa représentation dans les arts, les media - est clairement devenu un liant social comme un autre.

Je participais il y a quelques années à un colloque qui se posait précisément cette question: qu'est-ce qui est excessif aujourd'hui, sur scène ? Les intellos et les artistes, tous enfermés dans la petite bulle de leurs intérêts étroits, n'avaient même pas répondu à la question principale qui leur était posée, ce qui m'avait stupéfiée. Un de interdits majeurs consiste probablement, aujourd'hui, dans la transgression du respect des différences. On voit des gens faire l'amour sur scène, mais on n'oserait pas se moquer des handicapés, par exemple.

Bref. Je pense qu'un des mots les plus cochons aujourd'hui est esprit. C'est par l'intelligence qu'une révolte est possible, mais comme on préfère n'être que de petits rebelles, on n'en a pas vraiment besoin.

mardi 24 juin 2008

Outre le plaisir et la procréation ...